Est-ce grave de ne pas se sentir chez soi?

[#Chezmoi] Ce billet est à l’origine du rendez-vous de blogueurs/blogueuses #ChezMoi lancé par La Maudite Française et de French Lily

Répondre à l’appel de cette blogueuse a tout de suite été une évidence pour moi. Je vous propose mon questionnement de jeune expatriée et ma réflexion sur la notion de me sentir « chez moi » ailleurs. Ce questionnement m’a amené beaucoup plus loin que je ne le pensais. 

 


 

Née à l’île de la Réunion dans l’océan Indien, île métisse, j’ai le cœur ensoleillé et les yeux un peu bridés. J’ai quitté mon île à 18 ans dans le but d’apprendre l’anglais en Australie durant une année. Puis, à 19 ans, je suis partie étudier au Québec, dans la ville même de Québec. Aujourd’hui, j’ai 24 ans et cette province a captivé mon cœur. Comme ils disent ici : « Je suis tombée en amour. »

Une famille éparpillée 

Fille de parents divorcés qui bénéficiaient de la garde alternée, j’ai grandi en changeant de maison tous les dimanches soir avec mes cinq sacs sur le dos. En 7 ans, mon père a déménagé quatre fois. Aujourd’hui, ma mère vit à la Réunion dans la maison familiale, mon père a emménagé au Brésil avec sa compagne et mes sœurs vivent en France. Je pense de ce fait avoir du mal à associer une maison avec le lieu où je me sens « chez moi ». Si et quand je pense à rentrer « chez moi », je pense toujours au Sud de mon île.

 

Mes racines ? 

Mon père est né en Auvergne, mais sa Grand-Mère maternelle est d’origine espagnole, de Tolède. Quand il ne nous faisait pas voyager de par le monde, il nous amenait sur la terre de nos ancêtres « bougnats ». Cette Auvergne me fascine encore aujourd’hui par ses paysages, son silence qui apaise l’âme et le tintement des cloches des vaches de Salers qui résonnent comme un appel à la prière d’un monastère ou couvent.

Ma mère est créole, née à la Réunion, d’un beau métissage difficile à imaginer. Cette île volcanique, est le plus bel exemple à mes yeux et à mon cœur de tolérance dans le mariage de tant de cultures et civilisations venues d’Inde, d’Afrique, de Chine, d’Europe… et d’ailleurs.

Et ici, au Québec, avec le temps, on ne relève plus mon accent, mais on me demande souvent d’où je viens « parce que tu as les yeux qui sourient ».

 

Ne jamais se fier à sa première impression 

 

Lorsqu’un ami québécois de ma seconde sœur, devenu mon frère de cœur, vint me chercher à l’aéroport de Québec à mon arrivée en ce pays, il souhaita partager avec moi le jour même l’amour qu’il portait à sa province chérie. Il me fit visiter, le jour même 2 lieux mythiques chers à son cœur : Les chutes Montmorency et l’île d’Orléans.

Mais, lorsque je me retrouvais seule dans la rue Saint-Jean, je me demandais vraiment ce que je faisais là, si loin de mon Île, de son soleil, de la chaleur apparente des « gens de mon Pays ». Pour la première fois de ma vie, je prenais conscience de mon apparente solitude.

Tout était tellement différent qu’il m’était difficile d’aimer cette ville, ce pays, ce climat, ces accents, ces « touts ».

Et pourtant…

J’avais des amis qui vivaient en cette province depuis longtemps, non dans la même ville que moi. Comment imaginer que se construisait grâce à eux et à de nouvelles rencontres une deuxième vie, une deuxième famille ? Car doucement, au fil du temps, sont entrées dans ma vie des Personnes qui m’ont permis de sublimer mon expérience québécoise.

Ainsi entourée de mes ami(e)s, mes nouveaux points de repère, je puis vraiment tomber en amour de cette province : premier automne, première neige, première cabane à sucre.  J’appris à savourer chaque instant, chaque chose, chaque rencontre comme un cadeau du Ciel. Je me souviens m’être baladée dans la rue Saint-Jean en constatant à quel point toutes les différentes couleurs étaient si belles.

Se perdre pour mieux se retrouver 

Cela semble étrange à dire, mais je ne me suis jamais réellement sentie « chez moi, chez moi ». Est-ce une envie ingérable de vouloir tout voir sur cette Terre?

J’ai répondu à l’appel de l’Amérique du Nord. Je me suis dit qu’en quittant mon île je découvrirai quelles sont mes valeurs et ce que je saurai retenir de notre culture. Je devinais que j’allais à la découverte de moi-même en m’éloignant de là où je suis née. Et j’ai tenté de me perdre pour essayer de savoir qui j’étais.

Aujourd’hui, quand je pense à « Chez moi », je ne pense pas forcément à mon île ni au Québec, mais avec qui j’ai envie d’être et de quoi ai-je réellement envie. Je suis consciente que mon chez moi d’adolescente n’est plus.

Après 4 ans de vie au Québec, on ne me demande plus aujourd’hui dès que je parle d’où je viens, car je disais « de la Réunion », mais lorsque je suis en voyage à la même question je réponds aujourd’hui « j’habite au Québec »…

 

Je suis là où les gens que j’aime sont

Une impression étrange : même aujourd’hui, étudiante au Québec qui vit dans son petit appartement en colocation, je n’arrive pas à rester en place. J’ai mis un temps fou à réaliser que chez moi ce n’est pas forcément l’île où je suis née, car mon « chez-moi » est dispersé sur cette Terre :  dans ma famille québécoise, chez mes sœurs en France, chez mon père au Brésil, chez ma mère à la Réunion, mais aussi, si souvent, dans le cœur et le sourire de chaque Être qui croise mon chemin.

Est-il trop tôt aujourd’hui pour chercher mes racines ? Et mes racines seront-elles mes enfants demain?

Lao Tseu disait que « là où il y a une volonté, il y a un chemin ». Je commence à prendre conscience que mon bien-être ici aujourd’hui est en grande partie liée au choix et à la décision que j’ai prise un jour de venir y vivre. Ce qui m’a permis, l’esprit libéré de toutes influences extérieures, de me sentir rapidement « chez moi » c’est de prendre des points de repère et des habitudes. Malgré le fait que, depuis mon arrivée en ce pays de neige, plusieurs évènements difficiles à assumer aient pu me pousser à remettre en cause mon choix de vie ici, il ne m’est jamais venu à l’idée un seul instant de vouloir partir.

Au fond, pourquoi sans cesse se demander où est mon « chez-moi », car il semble être toujours dans « l’ici et maintenant » et souvent dans l’inconnu ? Alors, doucement, j’apprends à sortir de ma zone de confort, me laisse aller dans l’inconnu pour y tisser quand même mon petit cocon.

Est-ce grave de ne pas se sentir chez soi _ (1)


 

Lisez les articles d’autres publiés par les participants :

 

 

 

Publié par

Barbara, jeune réunionnaise expatriée au Québec. Après avoir vécu presque 5 ans à Québec, j'ai déménagé à Montréal. Mon but ? Partagez avec vous mon amour du Québec !

28 commentaires sur « Est-ce grave de ne pas se sentir chez soi? »

  1. Super bel article Barbara! Je suis bien contente que tu habites au Québec maintenant et d’avoir eu la chance de te rencontrer 🙂 <3

    1. Oh merci vraiment pour ce beau commentaire. Merci au Baccalauréat en Théâtre de nous avoir permis de nous rencontrer et de vivre plein d’aventure ensemble! Ça motive! ❤️

    1. Ça va bientôt faire 5 ans que je suis ici et je peux comprendre ce que ressentent tes cousins. Je commence à trouver mes marques et c’est certainement ce qui fait que je me sens chez moi. 😊

  2. Super article ! J’ai découvert ton blog dans le groupe Les Blogueuse Lifestyle et je suis très contente de trouver des réunionnaises comme moi sur ce groupe 😀
    On est chez soi là où l’on se sent bien et je te rejoins en disant que c’est là où sont les gens qu’on aime !

    1. Oh tu es réunionnaise et certainement la première que je rencontre dans la blogosphère!!! 🤗
      Exactement, il faut que l’on s’y sente bien, qu’il ait les gens qu’on aime et éventuellement un rougail saucisses.

  3. Coucou,

    Je suis arrivée sur ton blog un peu par hasard et ton article m’a beaucoup fait pensé à mes années d’études en métropole… Merci pour ton petit récit 🙂

    1. Coucou!
      C’est vraiment gentil d’avoir pris le temps de me donner ton avis. Je viens de faire un tour sur ton blog… On est un peu pareil : deux filles des îles qui se retrouvent à l’autre bout du monde pour les études.

  4. J’aime beaucoup ton article dans lequel on sent que tu as écrit avec le coeur et la sincérité. J’apprécie ta réflexion au sujet de se sentir chez soi et qui nous pousse à nous questionner également.

    1. Merci Emmanuelle pour ton précieux commentaire. Contente d’avoir eu ton avis 🤗

  5. Réunionnaise, je me reconnais dans ton témoignage. J’ai vécu un an en Angleterre, plusieurs années en métropole et je m’apprête à partir cheminer en Espagne vers Compostelle. Et si parfois le mal du pays se fait sentir, souvent je me dis que c’est une vraie chance de pouvoir vivre tout ça et de rencontrer tant de gens.

  6. Hello Barbara, super article.
    Je suis moi-même expatriée à Barcelone et me retrouve donc dans certains de tes états d’esprits (dans une moindre mesure bien sûr, le choc des cultures n’est pas aussi marqué)
    A une prochaine peut être 😘

  7. Très joli article ! Je pense qu’on peut très bien se sentir chez soi partout dans le monde 🙂 Par exemple, je suis née à Paris, en France, mais je me sens plus chez moi à Londres, au Royaume-Uni, j’ai l’impression que c’est dans cette ville que je doit être, que c’est ici que ma future m’attend. Je ne sais pas pourquoi haha.
    Bisous.

  8. Hello,
    C’est un très bel article que tu rédiges là. Si de mon côté la notion de voyage, de partir loin de ses racines ne me touchent pas, je comprends le questionnement autour du fait de ne jamais se sentir vraiment chez soi et je trouve ton parcours très intéressant, surtout quand tu finis avec : Je suis là où les gens que j’aime sont.
    Belle journée à toi.

  9. Je suis tombée sur ton blog par hasard, et c’est mon premier commentaire aha, j’ai lu ton article, et je l’ai trouvé vraiment très touchant pour ma part, c’est la dimension très humaine de ton blog qui m’a attirée! Bon courage pour la suite ♥

  10. Bel article et belle histoire. Ça m’a beaucoup intrigué car ayant passé mes 19 premières années dans la même maison. Ça a été très difficile en partant vivre avec mon copain dans une autre région. Il a une autre culture tout est à redécouvrir sur place et on s interrogé sur qui l’on est. Au fond tu as raison on est chez soit selon les gens avec qui l on a envie d être

  11. Quel bel article, quel plaisir de le lire. Je connais à la fois La Réunion et le Québec et je partage votre amour pour ces « 2 iles » car oui effectivement le Quebec est une ile francophone en Amérique du Nord . Moi même, je suis éloignée de ma province natale et longtemps j’ai cru que ma terre d’adoption, là où j’ai fait ma vie et ai vu mes filles grandir, était bien ma terre de prédilection. Et bien en prenant des ans , et maintenant sous ma tête presque blanche, je sais d’où je suis et d’où je viens, j’ai reconnu mes racines et la région de mon enfance est bien mon pays, même si je ne retournerai jamais y vivre . Merci pour votre article qui a soulevé ces émotions et ce désir de vous écrire. Là où vous êtes, je vous souhaite beaucoup de bonheur.

  12. merci pour cet article, je déménage souvent donc je me retrouve dans certains points

  13. Un bel article sur un chouette sujet ! Personnellement, à une toute petite échelle, je suis chez moi à deux endroits : en région parisienne et à Marseille. Ce n’est pas toujours facile d’appartenir à deux endroits mais c’est très riche ! En revanche, je ne m’imagine pas déménager et avoir un troisième lieu d’habitation, j’ai l’impression que je n’arriverai pas à gérer !

Laisser un petit mot

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.